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Catégorie: Politique

06/01/08: Laïcité

On ne reconnaît habituellement qu'une religion pose problème que lorsqu'elle constitue un risque potentiel pour le système capitaliste libéral dans lequel nous vivons. De fait, ces religions ont donc on potentiel subversif.

C'est à cause de celui-ci que les nombreux individus touchés de plein fouet par le malaise créé par cette société se tournent en nombre de plus en plus important vers ce type de communautés religieuses.

Or, qu'est-ce que le processus de laïcisation tel que nous l'entendons dans la bouche des libéraux, sinon le fait de rendre les religions aptes à rentrer dans le cadre libéral, ou, à défaut, de marginaliser et stigmatiser celles qui ne le feraient pas, leur retirant ainsi tout aspect nocif pour lui ?

Ce processus peut donc être vu comme la condition sine qua non du fonctionnement de l'opium du peuple comme instrument des puissances qui font l'ordre social, même si la résurgence des intégrismes en période de crise nous montre qu'il est de toute façon voué à l'échec.

L'attitude ambivalente de la laïcité promue par la droite, qui dit oui à, voir encourage, la croyance qui se veut inconditionnelle, et simultanément y porte des restrictions, reflète d'ailleurs cette contradiction.

Pour illustrer ceci, on peut prendre l'exemple des lois interdisant à la religion tout caractère visible en public, par lesquelles on leur enlève tout caractère choquant pour ceux qui n'y prennent pas part, tout en ne faisant rien contre leur effet idéologique sur les populations concernées.

La gauche radicale n'a donc aucun intérêt à aider l'ordre libéral à se maintenir en normalisant la religion pour l'intégrer, puis se renforcer, par cette laïcité.

Ce qu'elle devrait favoriser, c'est la prise de conscience par la classe dominée du fait que son malaise est dû à la structure de la société et que le seul moyen d'y remédier est la lutte politique permettant de le dépasser. Par conséquent, la seule laïcité qu'il ait un sens pour elle de défendre est celle qui permette l'émancipation de chacun, pour parvenir à ce fait.

04/13/08: La grande culture

Un conflit d'intérêts

L'hypothèse de base de cette analyse est que tout acteur social est influencé de façon consciente ou, et c'est très souvent le cas, inconsciente, par la défense de ses propres intérêts, qui peuvent se traduire comme la défense de son pouvoir relativement aux autres acteurs.

Le créateur, travailleur spécialisé

Un créateur est avant tout un individu qui s'est spécialisé dans la création, de la même façon que d'autres travailleurs se spécialisent dans la médecine ou la plomberie. La fonction de créateur est donc une création comme une autre du principe de la division du travail, qui veut que la spécialisation augmente la productivité.

Division du travail et effets de monopole

Selon un principe économique d'efficacité très simple, les individus spécialisés dans la création étant, du fait de cette spécialisation, bien plus productifs que les autres, le reste de la population tend donc à abandonner la création pour devenir consommateur des spécialistes, ce qui a pour effet de laisser à ces créateurs le monopole de la création.

Ayant accès dans une certaine mesure, du fait de leur fonction, à l'instruction et à la communication, et présentant une relative communauté d'intérêts objectifs, ces créateurs développent une conscience de classe, souvent d'ailleurs partiellement inconsciente, qui les pousse à aligner leurs positions dans le but de la défense de leurs intérêts.

Tout d'abord, du fait de leur monopole, ils sont indispensables, et peuvent user de ce fait pour augmenter leur pouvoir, comme pouvoir de marché.

Ensuite, du fait de leur monopole et dans le but de le consolider, ils sont amenés à définir eux-mêmes ce qui est ou n'est pas création culturelle : ainsi, ils empêchent l'arrivée de franc-tireurs, concurrents aux intérêts divergeants, organisent la pénurie en contrôlant leur propre nombre, et moralisent ou mystifient leur pouvoir en ne divulguant pas leurs critères de distinction aux individus extérieurs.

Culture et domination

Dans une société capitaliste, le seul pouvoir matériel direct est le capital, qui est donc la seule ressource matériellement indispensable, dont la bourgeoisie détient le monopole. De la même façon que les travailleurs, détenant le monopole du travail, doivent sous la forme du salariat passer des accords avec la bourgeoisie pour obtenir du capital, les créateurs doivent passer un contrat avec la bourgeoisie. Si le travail est nécessaire à la bourgeoisie pour augmenter sa masse de capital, la culture lui est nécessaire pour masquer la nature de sa domination et donc la renforcer.

La différence de pouvoir entre la bourgeoisie et les travailleurs vient du fait que la possession de capital facilite infiniement plus le développement d'une conscience de classe que la possession de force de travail dans le monde capitaliste. Cependant, la bourgeoisie et les créateurs sont autant à même de développer cette conscience, leur contrat se fait donc sur des bases égalitaires et non de domination. Ainsi, les créateurs servent la bourgeoisie et sa domination, et la bourgeoisie sert les créateurs en reconnaissant leur pouvoir symbolique et en leur fournissant du capital.

Culture légitime

La culture légitime est donc celle qui est validée par les créateurs. Par la division du travail, elle est reconnue par le peuple, contraint de leur fait confiance. Par effet de monopole des critères culturels, il est impossible pour des individus extérieurs de la maîtriser : pour qu'il le fasse, un individu doit se spécialiser dans cette culture, ce qui a également pour effet d'aligner ses intérêts objectifs sur ceux des créateurs, de la même façon qu'un travailleur voulant acquérir du capital en masse devient objectivement un capitaliste.

Est alors automatiquement défini comme sous culture toute production culturelle qui n'est pas validée par les créateurs ; typiquement, toute culture produite par des individus ne partageant pas les intérêts objectifs des créateurs, comme des travailleurs effectuant des créations dans le cadre d'un travail salarié ou durant leur temps libre, et mettant donc en péril leur monopole.

03/22/08: Liberté conditionnée

Dans nos sociétés dites démocratiques, nous sommes, en tant qu'individus, libres de nos actions, de nos mouvements, de consommer ce que nous désirons et de voter pour qui nous le souhaitons.

Nous sommes tous conscients du fait que cette liberté nous laisse fréquemment le choix entre des actions bonnes et d'autres moins bonnes ; par exemple, nous pouvons acheter des produits respectueux de l'environnement et issus du commerce équitable, mais nous pouvons également nous tourner vers d'autres qui sont polluants et produits par des enfants esclaves.

Cependant, dans nos sociétés, on peut espérer que chacun reconnaît comme bons un certain nombre de principes, comme dans cet exemple le fait qu'il faille protéger l'environnement, respecter la dignité et le travail de chaque être humain ainsi que les droits de l'enfant. Dans nos supermarchés, nous avons donc au quotidien le choix entre un bien et un mal reconnus par tous.

Nous, humains libres, cherchons le bien commun. Pourquoi alors ne pas expulser ces produits maléfiques de nos rayons ? Pour une raison simple : avoir également la liberté de faire le mal est une plus grande liberté qu'être contraint à participer au bien.

Espérant que chacun va faire une bonne action, nous continuons cependant à offrir à chacun la possibilité de mal agir. Et nous constatons, en tout cas jusqu'à présent, de grands échecs : malgré une multiplication des campagnes d'information et une conscience largement répandue de ces problèmes au sein de la population, l'environnement ne sera pas sauvé par les éco-labels, et l'on n'enrichira pas les milliards de pauvres habitant cette planète grâce au commerce équitable. Pourtant, sur le plan de la conscience, ces initiatives sont parfaites, car, sans aucune contrainte ou atteinte à la liberté, elles ne reposent que sur la libre initiative et action volontaire de chacun pour tenter de changer le monde.

Devant cet échec, la tentation est donc de passer de l'information à la sensibilisation, c'est-à-dire du plan de la rationnalité à celui de l'émotionnel et de l'inconscient. Ainsi entend-on de nombreux politiques et activistes proposer des campagnes destinées à de très jeunes enfants ou ayant recours à des images particulièrement choquantes.

Cependant, si l'information et l'explication sont les conditions indispensables au raisonnement et donc à une véritable liberté, que représente cette sensibilisation sinon son contraire même, une tentative d'influencer l'humain par ses émotions et son inconscient, qui sont des forces que sa raison ne contrôle que très partiellement et qui au contraire peuvent venir surpasser le contrôle de la raison ? Cette sensibilisation vient donc simplement nier le principle de liberté prévalant à la base ; lorsqu'un individu ou une organisation fait simplement l'apologie des deux, on ne peut donc le qualifier que d'hypocrite.

Faut-il pour autant renoncer aux bienfaits entrevus ? Évidemment non. Un simple principe de démocratie voudrait que quelque chose qui est considéré comme nuisible par tous puisse être interdit. Une autre méthode, n'employant aucun interdit, est de s'interroger sur les causes de l'échec.

03/22/08: Écolopétainisme

Avec la prise de conscience aujourd'hui généralisée de l'existence incontestable de graves problèmes environnementaux, et au vu de l'enjeu ultime de leur solution qui est la sauvegarde de notre planète et donc la survie de notre espèce, il est tentant de vouloir analyser nos sociétés du point de vue exclusif de l'écologie.

La cause des dommages environnementaux, c'est l'activité humaine, donc, le responsable, c'est l'homme. Au tribunal de la planète, ces faits étant indubitables, l'humanité est coupable.

Ce qui pollue, c'est la production et la consommation. Si nous polluons, c'est que nous produisons trop, donc que nous voulons devenir trop riches ; c'est la cupidité de l'homme qui tue la planète. Or, tous les codes l'affirment, la cupidité est un péché ; si l'homme pollue, c'est donc qu'il est moralement défaillant.

De la même façon, si nous polluons, c'est que nous consommons trop, donc que nous pensons que le bonheur est dans l'accumulation et le plaisir matériels ; c'est le matérialisme de l'homme qui tue la planète, donc son absence de spiritualité et d'élévation morale.

Les problèmes environnementaux sont donc la preuve ultime que l'homme est intrinsèquement mauvais.

Étant mauvais, la destinée de la planète ne peut lui être confiée ; il doit donc être placé sous tutelle de quelque chose de meilleur que lui, Dieu, la morale ou la tradition, dont certains individus éclairés devront se porter garants et auxquels les autres devront nécessairement se soumettre.

Ceci est parfaitement cohérent avec le fait que les sociétés traditionnelles, pré-modernes, ne connaissaient pas les problèmes environnementaux. On peut donc aisément corréler l'apparition des
mécanismes qui vont détruire la planète avec les débuts de la modernité et ses évènements fondateurs, comme les Lumières.

Ainsi, les progressistes n'auront été, au mieux, avec leurs idées de Liberté, de Raison et de Science, que des rêveurs, car ce qu'en fin de compte ils nous auront apporté, c'est la catastrophe ; ces concepts sont donc à subordonner aux nouveaux objectifs de sauvegarde et donc à la morale à préserver.

Ces idées sont-elles nouvelles ? Non, elles portent un nom : le conservatisme. Face à un impératif ultime et par conséquent inquiétant, le profond désir de retourner au monde des traditions millénaires, supposées stables, dénonçant donc les évènements ayant abouti à leur destitution, et, au final, niant les Lumières, avec les conséquences que l'on peut imaginer.

De tout ceci je tire une leçon : même si l'environnement est un enjeu récent et fondamental, il ne modifie pas en profondeur le paysage idéologique.

12/13/07: Conservateurs ou progressistes ?

L'échiquier politique peut dans les grandes lignes être divisé entre, à droite, les conservateurs, qui pensent que les inégalités présentes dans nos sociétés sont justifiées, et, à gauche, les progressistes, qui pensent qu'elles ne sont pas justifiées et doivent être dépassées.
Par exemple, le conservateur peut penser que ces inégalités sont invariantes par changement d'organisation sociale alors que typiquement le progressiste ne le pense pas.
Dans cette séparation de l'échiquier politique la position d'une idée dépend de la situation de la société au moment où l'on veut évaluer cette position.
Ainsi, avec une même idée l'on peut passer d'un bord à l'autre par changement de structure de la société.
Cette classification possède l'avantage que l'ensemble des positions politiques peuvent y être placées, même si, à un instant donné, on ne peut pas forcément positionner relativement deux idées différentes, des critères supplémentaires entrant en jeu.
Un élément certain est notamment que sur l'extrémité gauche se trouvent par définition ceux qui pensent qu'aucune inégalité n'est justifiée.

Ma position à ce sujet est qu'on ne peut trouver une inégalité justifiée que lorsque l'on a ôté tous les facteurs d'inégalité extérieurs aux personnes elles-même en situation d'inégalité, facteurs considérés donc comme injustes.
Ainsi, je pense qu'on ne peut ultimement juger des individus qu'une fois que l'on a donné à chacun les moyens de développer pleinement et entièrement ses facultés humaines. Mon opinion est que tant que les inégalités de possibilités de développement existent entre les individus, nous ne pouvons pas les juger uniquement selon leur responsabilité propre, et qu'il est extrêmement difficile, voir impossible, de déméler cette responsabilité de celle de facteurs extérieurs.

Sur le bord gauche l'on pense donc qu'il faut prendre nombre de précautions avant de juger des gens ou, dans une version extrême, qu'il est impossible de les juger.
Sur l'extrémité droite se trouvent ceux qui défendent que toutes les inégalités sont justifiées quelque soit la structure de la société.

Ces penseurs affirment que leur existence même suffit à les justifier, car ils pensent que l'on peut juger de la qualité de l'homme par sa position dans le système, quelque soit le système ; en termes darwiniens, la nature est ce qu'elle est, et le meilleur individu est simplement celui qui y est le mieux adapté, donc possède les meilleures capacités de survie.

Il est impossible de juger immédiatement et rationnellement entre ces deux systèmes de pensée car les critères avec lesquels on y juge l'individu sont totalement différents, lorsqu'ils existent. Il convient donc afin d'établir une opinion d'observer d'autres données...

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