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Écolopétainisme
Avec la prise de conscience aujourd'hui généralisée de l'existence incontestable de graves problèmes environnementaux, et au vu de l'enjeu ultime de leur solution qui est la sauvegarde de notre planète et donc la survie de notre espèce, il est tentant de vouloir analyser nos sociétés du point de vue exclusif de l'écologie.
La cause des dommages environnementaux, c'est l'activité humaine, donc, le responsable, c'est l'homme. Au tribunal de la planète, ces faits étant indubitables, l'humanité est coupable.
Ce qui pollue, c'est la production et la consommation. Si nous polluons, c'est que nous produisons trop, donc que nous voulons devenir trop riches ; c'est la cupidité de l'homme qui tue la planète. Or, tous les codes l'affirment, la cupidité est un péché ; si l'homme pollue, c'est donc qu'il est moralement défaillant.
De la même façon, si nous polluons, c'est que nous consommons trop, donc que nous pensons que le bonheur est dans l'accumulation et le plaisir matériels ; c'est le matérialisme de l'homme qui tue la planète, donc son absence de spiritualité et d'élévation morale.
Les problèmes environnementaux sont donc la preuve ultime que l'homme est intrinsèquement mauvais.
Étant mauvais, la destinée de la planète ne peut lui être confiée ; il doit donc être placé sous tutelle de quelque chose de meilleur que lui, Dieu, la morale ou la tradition, dont certains individus éclairés devront se porter garants et auxquels les autres devront nécessairement se soumettre.
Ceci est parfaitement cohérent avec le fait que les sociétés traditionnelles, pré-modernes, ne connaissaient pas les problèmes environnementaux. On peut donc aisément corréler l'apparition des
mécanismes qui vont détruire la planète avec les débuts de la modernité et ses évènements fondateurs, comme les Lumières.
Ainsi, les progressistes n'auront été, au mieux, avec leurs idées de Liberté, de Raison et de Science, que des rêveurs, car ce qu'en fin de compte ils nous auront apporté, c'est la catastrophe ; ces concepts sont donc à subordonner aux nouveaux objectifs de sauvegarde et donc à la morale à préserver.
Ces idées sont-elles nouvelles ? Non, elles portent un nom : le conservatisme. Face à un impératif ultime et par conséquent inquiétant, le profond désir de retourner au monde des traditions millénaires, supposées stables, dénonçant donc les évènements ayant abouti à leur destitution, et, au final, niant les Lumières, avec les conséquences que l'on peut imaginer.
De tout ceci je tire une leçon : même si l'environnement est un enjeu récent et fondamental, il ne modifie pas en profondeur le paysage idéologique.
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