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Liberté conditionnée
Dans nos sociétés dites démocratiques, nous sommes, en tant qu'individus, libres de nos actions, de nos mouvements, de consommer ce que nous désirons et de voter pour qui nous le souhaitons.
Nous sommes tous conscients du fait que cette liberté nous laisse fréquemment le choix entre des actions bonnes et d'autres moins bonnes ; par exemple, nous pouvons acheter des produits respectueux de l'environnement et issus du commerce équitable, mais nous pouvons également nous tourner vers d'autres qui sont polluants et produits par des enfants esclaves.
Cependant, dans nos sociétés, on peut espérer que chacun reconnaît comme bons un certain nombre de principes, comme dans cet exemple le fait qu'il faille protéger l'environnement, respecter la dignité et le travail de chaque être humain ainsi que les droits de l'enfant. Dans nos supermarchés, nous avons donc au quotidien le choix entre un bien et un mal reconnus par tous.
Nous, humains libres, cherchons le bien commun. Pourquoi alors ne pas expulser ces produits maléfiques de nos rayons ? Pour une raison simple : avoir également la liberté de faire le mal est une plus grande liberté qu'être contraint à participer au bien.
Espérant que chacun va faire une bonne action, nous continuons cependant à offrir à chacun la possibilité de mal agir. Et nous constatons, en tout cas jusqu'à présent, de grands échecs : malgré une multiplication des campagnes d'information et une conscience largement répandue de ces problèmes au sein de la population, l'environnement ne sera pas sauvé par les éco-labels, et l'on n'enrichira pas les milliards de pauvres habitant cette planète grâce au commerce équitable. Pourtant, sur le plan de la conscience, ces initiatives sont parfaites, car, sans aucune contrainte ou atteinte à la liberté, elles ne reposent que sur la libre initiative et action volontaire de chacun pour tenter de changer le monde.
Devant cet échec, la tentation est donc de passer de l'information à la sensibilisation, c'est-à-dire du plan de la rationnalité à celui de l'émotionnel et de l'inconscient. Ainsi entend-on de nombreux politiques et activistes proposer des campagnes destinées à de très jeunes enfants ou ayant recours à des images particulièrement choquantes.
Cependant, si l'information et l'explication sont les conditions indispensables au raisonnement et donc à une véritable liberté, que représente cette sensibilisation sinon son contraire même, une tentative d'influencer l'humain par ses émotions et son inconscient, qui sont des forces que sa raison ne contrôle que très partiellement et qui au contraire peuvent venir surpasser le contrôle de la raison ? Cette sensibilisation vient donc simplement nier le principle de liberté prévalant à la base ; lorsqu'un individu ou une organisation fait simplement l'apologie des deux, on ne peut donc le qualifier que d'hypocrite.
Faut-il pour autant renoncer aux bienfaits entrevus ? Évidemment non. Un simple principe de démocratie voudrait que quelque chose qui est considéré comme nuisible par tous puisse être interdit. Une autre méthode, n'employant aucun interdit, est de s'interroger sur les causes de l'échec.
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